La crise du coronavirus a démontré mieux qu’aucun discours la nécessaire action de l’Union européenne. Les effets de la politique européenne se manifestent aujourd’hui concrètement dans le quotidien des citoyens européens, que ce soit pour gérer le volet économique ou sanitaire de la crise actuelle. Pourtant, en France, l’actualité communautaire demeure la grande absente de la couverture des enjeux politiques réalisée par les principaux médias audiovisuels, dénoncent l’Association des journalistes européens et le Mouvement européen dans cette tribune publiée dans Les Echos et reprise par Voxeurop.

 

Face aux effets de la pandémie, l’Union européenne a su se mobiliser pour soutenir les économies des pays les plus atteints, initier la coordination des politiques sanitaires nationales ou encore participer au financement du chômage partiel au sein des vingt-sept Etats membres. Le plan “France Relance” bénéficiera ainsi de près de 40 milliards d’euros de financements européens parmi les 100 milliards mobilisés pour retrouver la croissance.

Capitales dans l’effort d’après crise, les réalisations communautaires se voient assignées une place mineure dans l’actualité française. A titre d’exemple, le discours annuel sur l’état de l’Union européenne de la Présidente la Commission européenne, prononcé le 16 septembre au Parlement européen, n’a été diffusé sur aucune chaîne d’information en continu, pas même celle du service public. Surtout, la prise de parole d’Ursula von der Leyen n’a même pas été traitée dans certains des principaux JT français, les 13H de France 2 et TF1 et le 20H de la première chaîne.

L’UE invisible dans les médias audiovisuels

L’événement illustre un état de fait persistant : les médias audiovisuels français ne parviennent pas à couvrir largement l’actualité des institutions européennes. Une étude de la Fondation Jean Jaurès et de l’Institut national de l’audiovisuel (INA) démontrait en 2019 que les principaux journaux des principales chaînes de télévisions et de radios hexagonales ne consacraient que 3 % de leur temps d’antenne aux enjeux européens.

La mise en lumière du débat public européen sur nos écrans constitue pourtant un enjeu majeur. 73 % des Français se déclaraient en 2018 mal informés sur les questions européennes, se plaçant en dernière position parmi les Etats membres de l’Union. Comment espérer que nous puissions être des citoyens européens avertis si nous ne pouvons prendre connaissance de l’actualité de l’Union ? Or, la télévision constitue toujours le premier moyen d’information sur le territoire. 46 % des Français y ont recours en priorité pour se tenir informés de l’actualité nationale et internationale. D’où le besoin d’agir en premier lieu sur ce média pour faire progresser la connaissance de l’Union dans l’Hexagone.

On peut reconnaître que les freins à la visibilité des enjeux européens ne sont pas du seul fait des rédactions. Ces dernières font face à la difficulté de couvrir une actualité communautaire où les décideurs s’expriment en 27 langues différentes et représentent des institutions peu connues des Français. De plus, la langue anglaise tend à devenir hégémonique dans les communications officielles. Charge à l’Union européenne et aux instances nationales de réduire à l’avenir ces freins à la visibilité de la vie politique communautaire, notamment en veillant au respect du multilinguisme dans les communications de l’Union.

On peut toutefois observer que les principaux médias audiovisuels français ne font pas de l’actualité de l’Union une priorité. En témoigne le nombre de correspondants permanents à Bruxelles, deux fois inférieur au nombre de journalistes allemands présents dans la capitale européenne. En ce sens, on note les perspectives encourageantes ouvertes par la chaîne Arte, qui affiche des audiences en hausse constante sur la base d’une ligne éditoriale faisant la part belle à l’Europe et à l’international. Selon l’INA, le journal du soir de la chaîne franco-allemande consacre une proportion près de deux à trois fois supérieure de son temps d’antenne aux questions européennes par rapport à ses concurrents directs, sur France 2, TF1 ou encore M6.

Préparer la présidence française du Conseil de l’UE 

Face à ces tristes constats, nous proposons aux acteurs du sujet d’entreprendre une série d’actions destinées à améliorer la couverture des enjeux européens. Et ce, en vue d’initier des progrès concrets d’ici à la présidence française du Conseil de l’Union européenne en 2022.

En premier lieu, l’Etat a les moyens de lancer une dynamique en faveur de la couverture médiatique de l’Union en en faisant l’une des priorités de l’audiovisuel public. Nous encourageons le Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et le Ministère de la Culture à proposer un “Pacte pour la visibilité de l’Union européenne” à Radio France, France Télévisions et France Médias Monde. Ce mode de fonctionnement est utilisé avec succès depuis 2019 au service de la couverture médiatique des territoires d’Outre-Mer. Il vise à instituer des indicateurs chiffrés permettant de matérialiser les progrès à réaliser par les chaînes.

Les principaux médias audiovisuels français ne font pas de l’actualité de l’Union une priorité. En témoigne le nombre de correspondants permanents à Bruxelles, deux fois inférieur au nombre de journalistes allemands présents dans la capitale européenne.

Les outils de mesure évoqués ici sont à élaborer avec les rédactions pour allier des éléments quantitatifs – relevé du temps d’antenne consacré à l’Europe, nombre de sujets réalisés dans d’autres pays – et qualitatifs, comme le type d’émissions axées sur l’Union et leurs heures de diffusion. Une instance composée d’élus, de journalistes et d’organisations de la société civile pourra suivre la mise en œuvre de ce Pacte et conseiller les chaînes face au défi que constitue une plus grande couverture des enjeux européens à la télévision et à la radio.

En parallèle, nous appelons également le CSA à se saisir du dossier au titre de sa mission de déontologie de l’information. A l’image de son initiative en faveur de la visibilité du sport féminin, l’instance est en mesure d’imaginer une initiative pour encourager la progression des diffuseurs en ce qui concerne la visibilité de l’actualité européenne dans leurs journaux télévisés. Et ce, via des accords de gré à gré avec les chaînes en vue de la présidence française de 2022, associés à des études régulières de la couverture des enjeux européens sur l’ensemble des chaînes publiques et privées. L’autorité de suivi de l’audiovisuel pourra ainsi valoriser l’engagement des réactions les plus proactives et maintenir une pression positive sur l’ensemble du secteur.

Enfin, car il ne saurait y avoir d’actualité sans journalistes, nous appelons l’Etat à accompagner les médias dans l’emploi de correspondants permanents en charge du suivi des institutions européennes. Un espace de co-working soutenu financièrement par les pouvoirs publics pourrait utilement rassembler les reporters de l’ensemble des rédactions françaises actives à Bruxelles et à Strasbourg. Il s’agirait d’un lieu ouvert conçu pour donner un cadre de travail favorable aux équipes de journalistes suivant ponctuellement ou de manière pérenne la politique de l’Union. Et ce, sans influer sur les projets éditoriaux. Les pouvoirs publics favoriseraient ainsi sur les plans logistique et financier l’implantation de nouveaux correspondants européens, tout en renforçant la visibilité du corps de presse national auprès des institutions communautaires.

Les signataires :

Véronique Auger, Journaliste, Présidente de l’Association des Journalistes Européens ; Théo Verdier, Vice-Président, Mouvement Européen-France ; Fabrice Pozzoli-Montenay, Journaliste, ComPol, CourrierCab ; Laurence Aubron, Journaliste, Fondatrice et Dirigeante d’Euradio ; Catherine André, cofondatrice, Voxeurop ; Gian-Paolo Accardo, cofondateur, Voxeurop ; Eric Andrieu, Député européen, Socialistes et Démocrates ; Jean Arthuis, Ancien Député Européen Renew Europe ; Yves Bertoncini, Président du Mouvement Européen-France ; Aymeric Bourdin, Président, Atelier Europe ; Martine Buron, Présidente, Fédération Française des Maisons de l’Europe ; Marie Caillaud, Présidente, Jeunes Européens-France ; Jean-Marie Cavada, ancien député européen et ancien Président de Radio France ; Ilana Cicurel, Députée européenne, Renew Europe ; Amandine Clavaud, Responsable Europe, Fondation Jean Jaurès ; Arthur Colin, Vice-Président, Sauvons l’Europe ; Karima Delli, Députée européenne, Verts / Alliance libre européenne ; Michel Derdevet, Président, Confrontations Europe ; Daniel Desesquelle, Journaliste, Radio France Internationale ; Dominique Deshayes, Présidente, Association Internationale des Anciens de l’Union Européenne ; Laurence Farreng, Députée européenne, Renew Europe ; André Gattolin, Sénateur, La République En Marche ; Edouard Gaudot, Vice-Président, Europe Citizen Campus ; Jean-Dominique Giuliani, Président de la Fondation Robert Schuman ; Sylvie Guillaume, Députée européenne, Groupe S&D ; Nora Hamadi, Journaliste, Arte ; Olivier Klein, Président, Ligue Européenne de Coopération Économique ; Stéphane Leneuf, Journaliste, France Inter ; Jean-Baptiste Letondeur, Journaliste, Rédacteur en chef adjoint Radio France Internationale ; Marie-France Mailhos, Présidente, Association européenne de l’éducation – France ; Martine Méheut, Présidente d’honneur, Citoyennes pour l’Europe ; Olivier Mousson, Président, Société d’Encouragement à l’Industrie Nationale ; Ophélie Omnes, Présidente, Union des Européens Fédéralistes France ; Fabien Perrier, Journaliste ; Aline Robert, Journaliste, co-fondatrice de Climatico ; Paul Salvanès, cofondateur de Voxeurop ; Denis Simonneau, Président EuropaNova ; Sabine Thillaye, Députée, Présidente de la Commission des Affaires européennes ; Catherine Trautmann, ancienne Maire de Strasbourg et ancienne Ministre, Parti socialiste ; Marie-Pierre Vedrenne, Députée européenne, Renew Europe.

Posted on: 3 novembre 2020 | Author: ajefrance
Categories: Non classé

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