Déclaration commune

 

La liberté de la presse, le développement des médias et les organisations de journalistes appellent les États membres à adopter un budget européen ambitieux pour le journalisme indépendant et la relance du secteur des médias

 

Bruxelles, jeudi 4 juin 2020

Suite au lancement par la Commission européenne de son plan de relance pour l’Europe, les organisations de défense de la liberté de la presse, de développement des médias et de journalistes unissent leurs forces pour appeler les États membres de l’UE à adopter un ambitieux cadre financier pluriannuel (CFP) 2021-2027, renforçant le secteur des médias et soutenant le journalisme indépendant.

La situation du journalisme et des médias était déjà très difficile avant les bouleversements causées par la pandémie de COVID-19. En février 2020, les lignes budgétaires allouées au soutien des médias et du journalisme dans le CFP via le programme Creative Europe étaient déjà décrites comme « tout simplement inacceptables« . « Avec la multiplication des infox et les attaques contre la diversité, nous avons besoin de plus, et non de moins, de financement pour nos esprits créatifs« , a déclaré Sabine Verheyen, présidente de la commission CULT du Parlement européen. Verheyen a averti que la proposition de CFP ne devrait pas aller à l’encontre de « ce que les États membres ont convenu à plusieurs reprises pour soutenir les secteurs de la culture et de la création« .

Ce soutien est encore plus urgent pour les médias et le journalisme aujourd’hui que lorsque ce signal d’alarme a été tirée au début de l’année. Sans une augmentation significative du soutien financier et une plus grande priorité accordée aux médias d’information et au journalisme, l’Union européenne (UE) risque de ne pas respecter ses engagements politiques dans les domaines de la liberté de la presse, de l’État de droit et des droits fondamentaux afin de défendre la démocratie et le droit de savoir du public.

Les prochaines semaines seront marquées par des négociations cruciales entre les États membres de l’UE afin de lancer le CFP 2021-2027 en temps utile. Dans ce contexte, nous leur lançons un appel :

Utiliser le plan Next Generation EU pour assurer la survie du journalisme et du secteur des médias

La crise COVID-19 a aggravé la vulnérabilité financière de l’industrie des médias, déjà durement touchée par les crises économiques précédentes. La proposition actualisée du CFP 2021-2027 et le lancement de l’instrument européen Next Generation EU constituent de solides opportunités pour soutenir le secteur. Les États membres devraient tirer le meilleur parti du nouvel outil de relance et de résilience, de l’instrument de soutien à la solvabilité, de la proposition renforcée de l’UE, Horizon2020, et d’autres outils d’investissement, afin de créer un soutien urgent et ciblé en faveur des médias et du journalisme, en particulier le journalisme local, de santé et d’investigation, vers les groupes les moins bien achalandés, y compris les petits et moyens médias.

Dans ce processus, la Commission européenne et les États membres doivent veiller, conformément aux recommandations du Conseil de l’Europe, à ce que « toute subvention directe ou indirecte ou autre forme de soutien financier soit accordée sur la base de critères objectifs, équitables et neutres, dans le cadre de procédures non discriminatoires et transparentes, et […] mise en œuvre dans le plein respect de l’autonomie éditoriale et opérationnelle des médias bénéficiaires« .

Conditionner l’allocation et les versements des fonds de l’UE au respect de l’État de droit

La proposition de la Commission européenne de 2018 visant à suspendre ou à limiter l’attribution des fonds structurels de l’UE en cas d’insuffisances généralisées en matière d’État de droit dans un État membre est une avancée importante pour consacrer les valeurs fondamentales de l’UE que sont la démocratie, la liberté et le respect des droits de l’homme. À un moment où la procédure de l’article 7 a montré ses limites, la conditionnalité relative à l’État de droit constituera un puissant levier pour faire pression sur les États membres de l’UE, pour remédier à la situation préoccupante de la liberté et du pluralisme des médias dans l’UE et pour renforcer le mécanisme de l’État de droit de l’UE.

Nous appelons les États membres de l’UE à adopter le règlement sur la conditionnalité de l’État de droit dès que possible, afin d’assurer sa mise en œuvre à partir du 1er janvier 2021. En outre, la proposition du Parlement européen d’inclure dans la liste des risques caractérisant les déficiences générales en matière d’État de droit la « violation systémique des droits fondamentaux » devrait être examinée lors des négociations finales.

Doubler le budget proposé pour Creative Europe, afin de soutenir l’indépendance du secteur des médias

L’accaparement des médias, la concentration de la propriété, l’ingérence de l’État, les recettes publicitaires sélectives et la dépendance vis-à-vis des plateformes en ligne ont eu un impact négatif sur l’indépendance éditoriale et les conditions de travail des journalistes pendant de nombreuses années. À une époque où le journalisme indépendant et l’accès à une information pluraliste sont inconditionnellement critiques, les mesures de redressement ne doivent pas se limiter aux seules conséquences de la pandémie.

Le programme Creative Europe 2021-2027, et en particulier ses volets médias et intersectoriels, sera un instrument crucial pour promouvoir les compétences et les modèles commerciaux innovants, conduisant à un secteur des médias indépendant et viable. La proposition de CFP actualisé de mai 2020 de la Commission européenne, qui réduit encore davantage le budget de Creative Europe de 1,642 milliard à 1,520 milliard d’euros (engagements, prix de 2018), n’envoie pas le bon signal pour quant à un soutien adéquat de l’UE aux journalistes et aux professionnels des médias.

Nous soutenons donc fermement la position du Parlement européen visant à renforcer le budget alloué à Creative Europe 2021-2027 à 2806 milliards d’euros (prix constants), et à augmenter de manière significative la part consacrée au volet intersectoriel qui, à l’origine, ne prévoyait que 62 millions d’euros pour le soutien au pluralisme des médias, au journalisme de qualité et à l’éducation aux médias. Pour avoir un impact significatif sur le soutien au journalisme, en particulier aux organismes à but non lucratif, d’investigation et locaux, le volet intersectoriel du budget devrait être multiplié par dix.

Renforcer les programmes « Justice » et « Droits et valeurs » pour protéger les journalistes

Chaque jour, nous sommes témoins de cas de censure, d’intimidation, de harcèlement en ligne et hors ligne, de poursuites stratégiques contre la participation publique (SLAPP), ainsi que de violence physique et sexiste contre les journalistes, y compris dans les États membres de l’UE. Ces tendances sont en augmentation et sont aggravées par la crise du COVID-19. La protection des journalistes est une question démocratique, et la législation et les mesures politiques prises par l’UE pour leur sécurité devraient être soutenues par des ressources financières adéquates dans le cadre des futurs programmes « Justice » et « Droits et valeurs 2021-2027 ».

Nous appelons les États membres de l’UE à aligner leur position sur les rapports de première lecture du Parlement européen et à augmenter le budget des programmes « Justice et Droits et Valeurs 2021-2027 » par rapport aux propositions initiales de la Commission européenne.

Adresser un soutien accru de l’instrument de voisinage, de développement et de coopération internationale (NDICI) vers les priorités de la démocratie, des droits de l’homme et de l’État de droit

L’action extérieure de l’UE visant à soutenir la liberté d’expression et le pluralisme des médias, ainsi que la flexibilité permise par l’IEDDH, se sont révélées essentielles pour promouvoir la liberté d’expression et soutenir des médias professionnels, libres et indépendants. Ce soutien sera d’autant plus nécessaire que les conséquences désastreuses de la défaillance du marché, de la mainmise des médias et de la crise COVID-19 sur le journalisme indépendant et le secteur des médias laissent de vastes secteurs de la société sans sources d’information professionnelles. Comme la Commission européenne a proposé de renforcer le NDICI par une garantie d’action extérieure et le Fonds européen pour le développement durable, nous demandons aux États membres de l’UE de veiller à ce que des ressources adéquates soient allouées à la priorité thématique sur les droits de l’homme et la démocratie.

Même si le soutien au journalisme et l’aide aux médias représentent une petite proportion des portefeuilles des donateurs, le financement de l’UE est de plus en plus crucial pour soutenir les organisations de journalisme et les médias indépendants dans le monde entier. Cela est également conforme au programme de développement durable pour 2030, en particulier l’objectif 16.10, et au respect des droits de l’homme. Nous appelons les États membres de l’UE à renforcer la reconnaissance de l’importance des médias et du journalisme pour les objectifs de développement, y compris la santé, la bonne gouvernance et les institutions démocratiques, en positionnant fermement le soutien au secteur dans le cadre du mécanisme NDICI et en consacrant au moins 0,5 % du budget NDICI à cette priorité thématique.

Signataires:

  • ARTICLE 19
  • Association des Journalistes Européens (AEJ)
  • DW Akademie 
  • European Centre for Press and Media Freedom (ECPMF)
  • European Federation of Journalists (EFJ)
  • Fondation Hirondelle
  • Free Press Unlimited
  • Global Forum for Media Development (GFMD)
  • International Media Support (IMS)
  • International Press Institute (IPI)
  • Internews
  • Media Diversity Institute (MDI)
  • Ossigeno per l’informazione (Ossigeno.info)
  • Reporters Sans Frontières (RSF)
  • World Association of Newspapers and News Publishers. (WAN-IFRA)
Posted on: 4 juin 2020 | Author: ajefrance

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