-Un article des étudiants MJ1 de l’ISCPA Paris-
L’Association des Journalistes Européens (AJE) et Reporters sans frontières (RSF) tirent la sonnette d’alarme. Face à l’insécurité journalistique grandissante, les deux collectifs ont lancé ensemble l’Appel de Paris le 6 décembre 2019 pour inciter les instances européennes à agir davantage.

Le constat est édifiant : le nombre d’assassinats de journalistes dans le monde a augmenté de 18% entre 2014-2018 par rapport à la période 2011-2014, selon l’UNESCO. Au-delà des assassinats, les agressions physiques et les pressions morales menacent la sécurité des journalistes.

Si l’Europe demeure le continent où la liberté de la presse est la plus respectée, les associations de journalistes y recensent « 256 violations graves de la liberté de la presse sur ces cinq dernières années ».

Dans plusieurs pays européens, la classe politique se livre à des invectives contre les journalistes. En Italie, par exemple, c’est notamment le cas du mouvement « 5 étoiles » qui prône un discours anti-média décomplexé. Un discours visant à « discréditer les médias et à pousser les foules à s’en prendre aux journalistes sur le terrain », selon Pauline Adès-Mével, responsable Europe-Balkans à Reporters Sans Frontières. D’autres pays, comme la France, sont concernés. Certaines personnalités politiques comme Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon sont régulièrement accusées d’attiser la haine contre les journalistes. Ce dernier avait notamment déclaré que « la haine des médias et de ceux qui les animent est juste et saine ».

Le 6 décembre 2019, au siège parisien de l’UNESCO ©Thomas Berthelot

En 2019, RSF a publié son classement mondial de la liberté de la presse. 111ème sur 180, la Bulgarie, pays membre de l’Union Européenne, est le mauvais élève européen. « Il y a une combinaison de tous les facteurs toxiques pour les journalistes dans ce pays. Il y a un nombre d’attaques élevé, une concentration extrême des médias dans les mains d’oligarques avec un manque de transparence de ces derniers », confie Pauline Adès-Mével. D’après une autre enquête de la FIJ (Fédération Internationale des Journalistes), le risque de cyber-harcèlements augmente par ailleurs au sein de la profession. Il touche plus particulièrement les femmes.

Autre constatation, le harcèlement judiciaire est un autre moyen de détourner les journalistes de leurs enquêtes : les procès qu’on leur intente représentent pour les journalistes « du temps, de l’argent et de l’énergie » explique Pauline Adès-Mével. Pour que les journalistes poursuivent leurs enquêtes malgré les pressions grandissantes, des plateformes ont été créées telles que Forbidden Stories. Elles permettent d’assurer la continuité des travaux des journalistes menacés ou tués quand leurs enquêtes dérangent des réseaux criminels ou politiques.

L’impunité à l’intérieur de l’Europe !             

Le 16 octobre 2016, Daphné Caruana Galizia, journaliste d’investigation Maltaise était tuée dans un attentat à la voiture piégée. Elle s’était fait un nom sur son île (état membre de l’UE) en dénonçant la corruption endémique du pouvoir maltais. « À Malte, il y a un pouvoir illibéral à la tête d’un système de crime organisé. Les liens entre les instances politiques et le crime organisé sont la plus importante menace pour les journalistes sur l’île » explique aujourd’hui l’un de ses fils : Andrew Caruana Galizia. Le gouvernement maltais lui-même a été montré du doigt, que ce soit par les journalistes, les citoyens de Malte et les instances européennes.

Dans le cas de l’assassinat de sa mère, Andrew Caruana Galizia déplore la réaction insuffisante des instances européennes. Selon lui, « la Commission Européenne n’a vraiment pas fait grand-chose, elle n’a pas mis les moyens financiers et judiciaires pour pouvoir réagir ». Si le Conseil de l’Europe a pris  l’initiative de mettre  en place une plateforme de recensement des attaques contre la presse  pour la protéger, cette  mesure n’est pas à la hauteur de la situation. Selon un rapport de l’UNESCO, seulement 45% des cas d’attaques contre les journalistes sont résolus en Europe Occidentale. « Dans un cas comme Malte où le pouvoir fait tout pour ralentir l’enquête, on est obligé de batailler afin de les forcer à mener une enquête » analyse Pauline Alvès-Mével.

Andrew Caruana Galizia suggère, lui, un travail collectif pour ne pas laisser les journalistes isolés face à cette situation.  Il affirme qu’afin de « lutter pour une meilleure liberté de la presse, il faut lutter pour la primauté du droit ». La liberté de la presse est un principe fondamental en Europe. En France par exemple, elle est protégée par la loi du 29 juillet 1881, par la Convention Européenne des Droits de l’Homme et la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.

En plus de la protection juridique et l’action de la part des pouvoirs publics, les associations et les journalistes eux-mêmes sont en première ligne pour assurer leur protection. L’ancien président de l’AFP, Emmanuel Hoog, a été missionné par le gouvernement français pour créer une instance d’autorégulation et de protection des journalistes en France.  La réussite de cette instance passe avant tout par l’investissement des professionnels de l’information. « Ce sont des journalistes qui s’adressent à des journalistes, c’est de l’autorégulation » affirme Emmanuel Hoog. Les journalistes de l’AJE, dans le cadre de l’Appel de Paris, ont eux suggéré la nomination d’un commissaire européen spécialisé sur la question de la sécurité des journalistes. Une proposition inédite qui pourrait inspirer la toute nouvelle direction de la Commission Européenne, à condition qu’elle veuille bien s’en saisir.


Par Shoona Wolley, Charlotte Kaiser, Yulia, Kevin renaud, Thomas Berthelot et Baptiste le Guay

MJ1 à l’ISCPA Paris
ISCPA Paris

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