Le 52ème congrès de l’Association of European Journalists (AEJ) s’est tenu les 17 et18 octobre à Neusiedl am See, près de Vienne. L’AJE France était représentée par son secrétaire général, Eric Maurice, et Fabrice Pozzoli-Montenay, l’un de ses vice-présidents.

Vendredi 17

Organisé dans le Burgenland, région autrichienne ayant longtemps fait partie de la Hongrie, le congrès a été l’occasion pour les journalistes présents de débattre avec des responsables autrichiens et hongrois du développement régional transfrontalier en Europe et ses conséquences en termes culturels et économiques. Bela Nagy, l’organisateur du pique-nique paneuropéen organisé à Sopron en 1989, s’est également adressé aux participants au congrès.

Liberté de la presse

Animée par William Horsley, le représentant spécial de l’AEJ pour la liberté de la presse, une table ronde intitulée « les journalistes sous le feu : dangers croissants pour les journalistes en Europe – renforcer la liberté de la presse » a rassemblé Frane Maroevic, conseiller spécial à l’OSCE pour les questions de liberté de la presse, et Barbara Trionfi, en charge de la liberté de la presse au sein de l’IPI (International Press Institute).

Comme l’a souligné Frane Maroevic, « tous les pays membre de l’OSCE connaissent des problèmes de liberté de la presse », à des degrés divers. Dans beaucoup de pays, comme la Turquie, le Monténegro ou l’Azerbaïdjan, « les journalistes sont souvent arrêtés pour des motifs autres que leur activité professionnelle », par exemple au prétexte de trafic de drogue, bagarre ou terrorisme.

Les journalistes font également l’objet d’atteintes non violentes à la liberté d’exercer leur métier. En France, des journalistes ont été expulsés de meetings politiques ou intimidés lors de manifestation. Et au Royaume-Uni, la loi anti-terroriste permet d’écouter des journalistes ou de saisir leur matériel sans l’autorisation d’un magistrat. Précisant que l’OSCE étudie les tendances plus que les faits isolés, Frane Maroevic a signalé l’émergence de « moyens plus sophistiqués », comme les trolls sur les sites internet et les réseaux sociaux, ou les attaques des sites de presse par déni de service. Il a également souligné la vulnérabilité des journalistes free-lance, qui sont de plus en plus nombreux et souvent plus exposés aux pressions.

Barbara Trionfi a de son côté rappelé l’importance des pressions internationales pour faire évoluer l’attitude des gouvernements qui portent atteinte à la liberté de la presse, qu’il s’agisse de pression des ONG, des Etats ou des institutions internationales. Mais elle a souligné le fait que « ces pressions ne peuvent être efficaces que si elles peuvent être relayées à l’intérieur » des pays concernés, afin que le gouvernement soit exposé face à une partie au moins de l’opinion publique.

Invité à s’exprimer, l’ambassadeur itinérant ukrainien Olexander Scherba a expliqué que de nombreux journalistes on participé aux manifestations autour de Maidan l’hiver dernier mais qu’aujourd’hui son gouvernement doit faire face à « la machine de propagande russe », qui « n’a pas été prise au sérieux » au début de la crise. C’est la raison pour laquelle il défend comme « douloureuse mais nécessaire » l’interdiction de plusieurs chaines de télévision russophones. Il a également reconnu que les journalistes font l’objet de pressions politiques et de menaces physiques.

La section turque de l’AEJ a rappelé que la Turquie est le pays comptant le plus de journalistes emprisonnés et souligné que la réforme en cours du code pénal va encore réduire les éléments nécessaires pour arrêter les journalistes.

Les sections roumaine et bulgares, elles, ont exposé la vulnérabilité des journalistes face aux intérêts économiques et politiques très souvent mêlés. En Bulgarie, « beaucoup de journalistes s’autocensurent parce que leur média appartient à un oligarque » et une émission politique de la radio publique a été remplacée par de la musique.

La section hongroise, de son côté, a estimé que « sur l’état de la liberté de la presse en Hongrie « tout le monde exagère, les pro comme les anti-Orbán ». Dans un pays soumis à « un capitalisme de copinage mais pas à une dictature », le Premier ministre hongrois peut être critiqué chaque jour dans la presse, mais ses proches vont jusqu’à insulter les journalistes qui ne leur plaisent pas.

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Samedi 18

La seconde journée du congrès a débuté avec Valdis Dombrovskis le commissaire européen désigné à l’euro et au dialogue social. L’ancien Premier ministre letton a expliqué que l’une des priorités de la nouvelle Commission européenne sera la compétitivité de l’UE, par le renforcement du marche intérieur et de la recherche et innovation, en particulier grâce au paquet de 300 milliards d’euros promis par la Commission.

Valdis Dombrovskis a assuré que la Commission fera « la meilleure utilisation de la flexibilité du pacte de stabilité et de croissance », un pacte qu’elle ne veut pas changer car il s’agirait d’une modification des traités.

Le futur commissaire a expliqué qu’il encouragera le dialogue social dans l’UE, en traitant en particulier avec les associations patronales européennes et la Confédération européenne des syndicats. Il a également annoncé que la Commission réfléchira à la manière d’associer les partenaires sociaux au processus du semestre européen (la coordination des budgets des pays membres de la zone euro).

Une table ronde intitulée « les nouveaux défis et priorités de l’UE – Avons-nous besoin d’une nouvelle politique européenne de sécurité ? » a réuni l’ambassadeur ukrainien Olexander Schorba, le député européen et ancien ministre slovaque des Affaires étrangères Eduard Kokan, ainsi que le politologue autrichien Anton Pelinka et Wolfgang Petritsch, ancien négociateur en chef de l’UE au Kosovo et ancien représentant spécial de l’ONU en Bosnie-Herzégovine.

Tous les participants se sont accordés sur le fait que la crise ukrainienne constitue actuellement le défi stratégique majeur pour l’UE, de même que l’émergence de l’organisation Etat islamique. Or, malgré la création du Service européen pour l’action extérieure et du poste de Haut représentant pour les affaires extérieur, les Etats membres font toujours passer l’intérêt national avant l’intérêt européen et ralentissent l’élaboration de réponses aux crises et de stratégie à long terme.

Assemblée générale

Dans son rapport d’introduction, le secrétaire général de l’AEJ, Tibor Macak s’est félicité que les sections nationales soient « bien vivantes et actives ». Il a rappelé les actions menées par l’AEJ en matière de liberté de la presse, en particulier auprès du Conseil de l’Europe, par l’intermédiaire de William Horsley. Le trésorier de l’AEJ, Luigi Cobisi, a néanmoins noté que « les temps sont durs » pour la presse en Europe, « et que cela se sent », car certaines sections sont très petites. Mais pour l’instant cela n’a pas de conséquences sur l’équilibre financier de l’association.

L’Assemblée générale a procédé à l’élection de son nouveau bureau (AEJ Board). Après 4 ans de mandat, la président Eileen Dunn ne se représentait pas. C’est Otmar Lahodynsky, journaliste à l’hebdomadaire autrichien Profil, qui lui succède. A noter que Fabrice Pozzoli-Montenay a été élu représentant spécial pour le développement et le travail en réseau de l’AEJ.

Le nouveau bureau élu pour deux ans est donc composé de :

Otmar Lahodynsky (Autriche), président

Tibor Macak (Slovaquie), secrétaire-général

Saia Tsaousidou (Grèce), vice-présidente

Javier Fernandez Arribas (Espagne), vice-président

William Horsley (Royaume-Uni), vice-président et représentant spécial pour la liberté de la presse

Luigi Cobisi (Italie), trésorier

Fabrice Pozzoli-Montenay (France), représentant spécial pour le développement et le travail en réseau de l’AEJ

Pour Otmar Lahodynsky, l’objectif de l’AEJ ces prochaines années sera de « garder l’expertise et d’attirer les jeunes journalistes et les étudiants en journalisme » afin de renouveler et développer les sections.

L’assemblée générale s’est terminée sur l’annonce que le congrès de l’AEJ en 2015 se tiendra en Roumanie, à Sibiu.

Vous pouvez également retrouver le livetweet du congrès sur #AEJCongress

Posted on: 27 octobre 2014 | Author: ajefrance

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