Lors de son dernier congrès, en novembre dernier, l’AEJ (Association of European Journalists dont l’AJE-France fait partie) a décidé de lancer une réflexion collective sur la question du financement des médias européens.

Voici la contribution que l’AJE-France a fait parvenir aux autres sections nationales et au bureau de l’AEJ. Il ne s’agit pas d’une proposition définitive mais de pistes de réflexion concernant l’information en Europe, les médias et les institutions.

Les financements européens : éléments de réflexion

L’information européenne fait face à une double crise : celle, généralisée, qui touche les médias et leur modèle économique; la crise de confiance envers l’UE et le projet européen.

La seconde crise devrait encourager les journalistes et les entreprises de média à développer des médias européens. La première crise rend cette ambition difficile à réaliser.
Suite à la polémique qui a suivi la publication de l’appel d’offre de la Commission européenne pour la création d’un média en ligne, il est nécessaire de réfléchir à la manière dont peuvent être initiés, aidés et développés des projet éditoriaux européens.

Deux stratégies pour le développement de l’information européenne de qualité sont possibles:

– créer de nouveaux médias spécifiquement dédiés

– européaniser les médias nationaux existants
Pour être crédible, la démarche de l’AEJ doit être plus large que le simple financement de “média” et porter sur “l’information” en tant que telle.

Quel rôle pour l’UE?

La question première est de savoir si les institutions européennes ont la légitimité pour financer l’information, au même titre que la quasi totalité des gouvernements nationaux financent des services publics de l’information.
Cette question fait débat parmi les journalistes en Europe, issus de traditions différentes et travaillant dans des contextes variés. Les institutions européennes, et en particulier la Commission, ne facilitent pas la réflexion, comme en a témoigné la polémique autour du projet qualifié de “Pravda européenne” en juin dernier.

Or, dans le même temps, au sein de l’UE, nous nous retrouvons face à une variété de mécanismes.

Comme le notait récemment le blog Décrypter la Communication européenne,  “la confusion [est] permise au vu du maquis plus ou moins confus de financements, il faut tenter de faire la part des choses entre :

– des financements pluriannuels et transparents de médias européens qui n’existeraient pas dans leur conception paneuropéenne et leur multilinguisme sans le soutien de l’UE ; et dont l’indépendance éditoriale et la déontologie journalistique sont garanties : Presseurop, Euradionantes, Café Babel appartiennent à cette catégorie ;

– des financements ponctuels et opaques de médias européens ou nationaux qui correspondent davantage à des opérations de partenariats / publi-rédactionnels / publicités dont l’opportunité est contestable faute d’une information explicite du public tant pour l’UE que pour les médias en cause : le tour d’Europe de la matinale de France Inter tombe sous cette catégorie ;

– des financements mixtes à la fois “structurels” et liés à des co-productions particulières correspondent à l’impossible équation d’Euronews, à la fois subventionné par la Direction Générale Communication de la Commission européenne et coproducteur de programmes avec des Directions Générales de la Commission.

Dans le même temps, le Parlement et la Commission financent Europarl TV et Europe by Satellite, qui produisent des contenus utilsiés par les médias, principalement audiovisuels.

En outre, le Parlement européen vote des lignes budgétaires de soutien dans tous les sens via des procédures d’appels d’offres ponctuels et offre des facilités aux médias télés et radios qui souhaite réaliser des interviews, voir des programmes complets. Equipes de tournage, plateau télé, studio radio, matériel, montage, personnel, tout est pris en charge par les services audiovisuels du Parlement europeen au titre de l’aide nécessaire aux organes de presse pour maximiser le traitement de l’actualité européenne.
Le Parlement français finance, via ses deux chambres les deux chaînes parlementaires françaises, LCPAN et Public Sénat. Ces organes partagent le même canal sur la TNT (Canal 13). La dotation globale des deux chaines s’apparente au budget d’une petite chaine d’information en continu. En 1999, la chaine parlementaire a été crée par une loi qui fixe ses missions de traitement de l’actualité de l’Assemblée Nationale et du Sénat (Séances, projets et proposition de loi, commissions,  rapport, mais également programme de décryptage sur les faits politiques et de sociétés, documentaires…). Cette loi garantit également aux deux chaines une indépendance totale des rédactions face aux politiques et aux institutions.  Les chaines sont donc soumises à la convention collective du journalisme et entreprise de presse.

D’autre part, le traitement de l’actualité européenne fait également partie de leurs missions.

La responsabilité des programmes médias est incohérente au sein des institutions.

Au Parlement européen, c’est la commission Culture qui gère les programmes médias, mais à la Commission, la DG Communication dépend de Viviane Reding, commissaire à la Justice, aux Droits fondamentaux et à la Citoyenneté. Dans aucun pays médias et communication ne dépendent du ministère de la Justice.

De plus, cela montre que la frontière entre information et communication n’est pas claire pour la Commission

En outre, le rapport du Groupe de haut niveau sur la liberté et le pluralisme des médias remis à Nellie Kroes, commissaire à la Stratégie numérique, a démontré que la Commission européenne n’est pas cohérente dans son approche de la question des médias.
Il apparaît nécessaire que l’UE organise plus lisiblement les programmes qu’elle finance ou appuie, et qu’elle sépare clairement la communication de l’information.
Comment repenser l’aide à l’information ?

La question du multilinguisme est primordiale. Comment relancer un projet comme Presseurop ?

Le principal objectif de l’UE ne devrait-il pas être justement de permettre l’échange de contenus entre les sphères publiques plutôt que financer la création de contenus propres ?

Un tel projet doit-il être concentré sur une seule plateforme ou être disséminé dans tous les médias nationaux ?

La question se pose également de la manière dont l’UE lance les projets ou attribue les aides.

Indépendemment du cas Presseurop, les appels d’offres multiannuels sont problématiques parce qu’ils attribuent un financement à un seul acteur et pour plusieurs années et parce que c’est la Commission qui définit le cadre du projet voire ses contenus (voir l’appel d’offre contesté de l’été dernier). Mais leur avantage est de donner les moyens à cet acteur de développer un projet à moyen ou long terme, et pas uniquement ponctuellement.

Les appels à projet de la Commission ou du Parlement permettent de répartir l’argent disponible entre plusieurs acteurs et pour une durée relativement courte. Mais là encore ce sont les institutions qui définissent le cadre. On voit par exemple que les financement du Parlement pour 2014 sont de l’aide à la communication (montrer le rôle du Parlement et les bonnes choses qu’il fait) plus qu’à un projet éditorial.

ll faudrait donc penser à une structure paritaire, qui étudie des projets pour attribuer des sommes définies à l’avance mais sans cadre élaboré par une DG auquel il faut se conformer. Les projets devraient être portés par des médias de plusieurs pays, avec un prisme européen et multilingues. Ponctuels ou de plus long terme. L’important étant que l’UE ne soit pas le maître d’oeuvre, mais seulement le contrôleur de l’utilisation des fonds et du respect des engagements.
Dans ce cadre, on pourrait envisager une fondation ou un comité représentatif.

Qui en ferait partie ?

Qui serait représentatif au niveau européen ?

Pour que le projet éditorial, et pas seulement la répartition de l’argent disponible à Bruxelles, soit l’objet principal de cette instance, il faudrait qu’elle soir composée de journalistes reconnus, des experts et éventuellement de patrons de presse.

Du côté des  entreprises médias, la question est de les sensibiliser à la dimension européenne du secteur, les encourager à développer des projets et des collaboration.

Le projet Europa, collaboration entre 6 quotidiens européens (Le Monde, Süddeutsche Zeitung, The Guardian, El País, La Stampa, Gazeta Wyborcza) est une bonne idée mais ne bénéficie pas d’un engagement suffisant des journaux en question devient de moins en moins consistent.

Ce type de collaboration devrait pourtant être encouragé et soutenu, pour que les projets européens deviennent plus grand public et ne soient pas l’apanage de quelques opérateurs spécialisés.

D’un point de vue journalistique, la déontologie doit figurer parmi les critères de financement des projets éditoriaux. Pour cela, on peut se baser sur des textes existants, comme la charte de Munich, ou le texte du Spiil, etc.

Enfin, pourquoi pas donner le label “service d’intérêt général” à ces financements ?

Apport de réflexion :

Nous proposons de rencontrer des acteurs et experts pour alimenter la réflexion menée par l’AJE.

Les questions posées seraient autour de ces thèmes :

  • Les institutions de l’Union européenne (Parlement, Commission) ont-elles la légitimité pour soutenir des organes de presse ?
  • Quelle Direction Générale vous semble la plus pertinente/compétente pour gérer le dossier des soutiens à la presse ?
  • Qui devrait gérer un éventuel financement : les institutions ? Un organe intermédiaire, doté d’un comité représentatif ?
  • Les financements à la presse doivent-ils être conditionnés au respect de la déontologie ?
  • La notion de média financé uniquement par des fonds européens vous semble-t-elle acceptable ? Avec quelles limites ?
  • Est-il envisageable à terme de créer un vrai service public d’information européen (voir les exemples Euronews – Euranet) ?

Documents utiles :

http://euromedaudiovisuel.net/p.aspx?t=general&mid=163&l=fr

Groupe de travail sur le financement

Le groupe de travail sur le financement de l’unité d’appui au renforcement des capacités du programme Euromed Audiovisuel III est le pilier de la composante « financement » du programme, qui prévoit de réfléchir avec des acteurs sud méditerranéens à un projet de nouveau mécanisme financier qui pourrait renforcer les coproductions régionales dans le sud de la Méditerranée…)

Les subventions accordées par le Parlement :

http://www.europarl.europa.eu/tenders/subventions_2012.htm

Europe Créative:

http://ec.europa.eu/culture/creative-europe/index_fr.htm

Document du Conseil :

http://www.consilium.europa.eu/uedocs/cms_data/docs/pressdata/en/educ/139725.pdf

“Council conclusions and of the representatives of the Governments of the Member States, meeting within the Council, on media freedom and pluralism in the digital environment”

“EDUCATION , YOUTH, CULTURE and SPORT Council meet” 25-26 novembre 2013

 

Posted on: 14 février 2014 | Author: ajefrance

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *