L’AJE reprend et traduit ici l’appel à la justice et à la responsabilité des autorités de slovaques publié par plusieurs organisations de défense de la liberté de la presse à l’occasion de l’anniversaire de l’assassinat du journaliste d’investigation Ján Kuciak et de sa fiancée Martina Kusnirova.

Au nom des organisations de défense de la liberté des médias cités ci-après, qui représentent des milliers de journalistes et de militants des droits de l’homme dans toute l’Europe, nous demandons instamment aux autorités slovaques de commencer immédiatement à examiner la responsabilité de l’État dans l’échec de l’assassinat de Ján Kuciak.

Ce 21 février, cela fera un an que Kuciak et sa fiancée Martina Kusnirova ont été assassinés en Slovaquie. Kuciak enquêtait sur la corruption transfrontalière et les liens entre des personnes puissantes et divers réseaux mafieux.

Depuis février 2018, nous surveillons de près la liberté de la presse et des médias en Slovaquie. Nous nous félicitons de l’arrestation des suspects qui ont été inculpés en relation avec le meurtre de Kuciak et de Kusnirova.

Cependant, quelques mois avant d’être tué, Kuciak a signalé à la police qu’il avait reçu des menaces contre sa personne. Le 20 octobre 2017, il a publié un post sur son mur Facebook décrivant l’absence d’actions policières après qu’il eut officiellement rapporté une menace de l’homme d’affaires Marian Kocner. « Cela fait 44 jours que j’ai déposé une menace… et probablement un flic n’a même pas été désigné pour s’occuper de l’affaire », peut-on lire dans son article.

Lorsque des journalistes font état de menaces à leur encontre, l’Etat est tenu de protéger leur vie en vertu de l’article 2 de la Convention européenne des droits de l’homme. Nous sommes préoccupés par le fait qu’à ce jour, il n’y a pas eu d’enquête adéquate sur d’éventuelles violations par l’État de son obligation de protection.

Nous avons besoin de réponses aux questions suivantes : (i) la Slovaquie avait connaissance, ou aurait dû avoir connaissance, d’une menace actuelle et immédiate pour sa vie ? ; (ii) quelles mesures, le cas échéant, ont-elles prises pour protéger Kuciak de cette menace ? ; (iii) et que feront-elles pour protéger les journalistes slovaques à l’avenir ?

L’assassinat de Kuciak et de Kusnirova a choqué l’opinion publique européenne et a eu un effet paralysant sur d’autres journalistes. Dans un climat d’intimidation, de menaces, d’ingérence politique et d’impunité, les journalistes d’investigation doivent craindre pour leur vie pour accomplir leur travail et rendre compte de la corruption et d’autres menaces contre la démocratie. La valeur du journalisme indépendant et de la liberté des médias ne doit pas être remise en question. La rhétorique anti-médiatique des hauts responsables est inacceptable, d’autant plus après l’assassinat de Ján Kuciak.

En outre, en janvier 2019, le parti au pouvoir slovaque a proposé un projet de loi qui modifierait la loi sur la presse pour réintroduire un « droit de réponse ». Si elle est adoptée, cette disposition contribuerait à créer un environnement de plus en plus hostile à la liberté de la presse en donnant aux politiciens qui font l’objet de critiques les moyens de censurer les critiques non désirées. Nous demandons au parlement slovaque de rejeter ce projet de loi. En outre, le Gouvernement de la République slovaque ne doit pas saper la confiance dans les institutions publiques, y compris la nouvelle Cour constitutionnelle qui doit être constituée. Il est de son devoir de faire respecter l’État de droit.

Nous demandons aux autorités slovaques d’examiner attentivement la résolution, approuvée par la commission LIBE du Parlement européen le 19. Février 2019, qui comprend un appel au gouvernement slovaque pour qu’il assure la sécurité des journalistes.

Il est impératif que toutes les autorités publiques compétentes prennent des mesures efficaces et cohérentes pour lutter contre le manque de sécurité des journalistes en Europe. Nous demandons justice pour le meurtre de Ján Kuciak. Nous continuerons à faire pression jusqu’à ce que les coupables soient trouvés et dûment condamnés selon les normes européennes.

Signé :

European Centre for Press and Media Freedom (ECPMF)

Article19

Association des journalistes européens (AEJ)

Fédération européenne des journalistes (EFJ)

Index on Censorship

Osservatorio Balcani Caucaso Transeuropa (OBCT)

Ossigeno per l’informazione

PEN International

Reporters Sans Frontières (RSF)

South East Europe Media Organisation (SEEMO)

Posted on: 21 février 2019 | Author: ajefrance
Categories: Non classé

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